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Requin du Groenland : Fascinant et Méconnu, Ce Géant des Profondeurs Vous Surprendra

Introduction

Il existe des créatures sur Terre qui vivent depuis si longtemps qu’elles ont peut-être croisé des pirates en mer. Le requin du Groenland est l’une d’elles. Ce prédateur silencieux des eaux arctiques peut vivre plus de 400 ans. Oui, vous avez bien lu : quatre siècles sous la glace.

Le requin du Groenland est le vertébré le plus âgé connu sur notre planète. Il nage lentement, voit très mal, et pourtant il survit mieux que n’importe quel autre animal à colonne vertébrale. Dans cet article, vous allez découvrir tout ce qui rend ce requin absolument extraordinaire : son habitat, son alimentation, ses records biologiques, et les menaces qui pèsent aujourd’hui sur son avenir. Préparez-vous à changer votre regard sur cet animal discret et méconnu.

Qu’est-ce que le requin du Groenland exactement ?

Le requin du Groenland (Somniosus microcephalus) appartient à la famille des Somniosidae. On l’appelle aussi requin dormeur ou requin de l’Arctique. Son nom scientifique vient du latin somniosus, qui signifie « endormi », une référence à ses mouvements lents et presque hypnotiques.

Ce requin vit principalement dans les eaux froides de l’Atlantique Nord et de l’Arctique. Il préfère les profondeurs : on le trouve régulièrement entre 200 et 2 200 mètres sous la surface. Certains individus ont même été observés à plus de 2 700 mètres.

Il a un corps massif, grisâtre, avec de petites nageoires par rapport à sa taille. Sa peau est épaisse et rugueuse. Ses yeux sont presque toujours parasités par un petit crustacé appelé Ommatokoita elongata, qui s’accroche à la cornée. Ce parasite le rend pratiquement aveugle, mais cela ne semble pas gêner du tout sa survie.

Une longévité record : le requin qui défie le temps

400 ans de vie… ou plus

C’est sans doute la caractéristique la plus stupéfiante du requin du Groenland. Des chercheurs de l’Université de Copenhague ont publié en 2016 une étude dans la revue Science basée sur la datation au carbone 14 du cristallin des yeux de ces requins. Résultat : un individu femelle mesurant 5,02 mètres aurait eu entre 272 et 512 ans, avec un âge central estimé à environ 392 ans.

Cela place le requin du Groenland au sommet du règne animal en termes de longévité. Il dépasse la palme précédente détenue par la baleine boréale, qui peut vivre jusqu’à 211 ans.

Pourquoi vit-il aussi longtemps ?

Plusieurs facteurs expliquent cette longévité exceptionnelle :

  • Un métabolisme très lent. Le requin du Groenland vit dans des eaux proches de zéro degré. Le froid ralentit tous les processus biologiques, y compris le vieillissement cellulaire.
  • Un taux de croissance minimal. Il grandit d’environ 1 cm par an seulement. Un individu de 5 mètres a donc passé des siècles à atteindre cette taille.
  • Peu de dépenses énergétiques. Il nage lentement, chasse peu, et économise son énergie au maximum.

Les scientifiques étudient activement ses mécanismes de résistance au vieillissement. Certains pensent que les découvertes sur ce requin pourraient un jour ouvrir des pistes pour la médecine humaine.

Où vit le requin du Groenland ? Son habitat en détail

Des eaux froides et profondes

Le requin du Groenland vit dans les eaux de l’Atlantique Nord, du détroit de Davis, de la mer du Labrador, de la mer de Barents, et bien sûr autour du Groenland. Il est aussi présent dans certaines zones de l’Arctique canadien et autour des côtes islandaises et norvégiennes.

En été, il descend en profondeur pour trouver les eaux les plus froides. En hiver, il peut remonter vers la surface, notamment sous la banquise. Les températures qu’il tolère se situent entre -1°C et +12°C.

Une distribution géographique étendue

Des observations récentes montrent que ce requin est plus répandu qu’on ne le croyait. Des individus ont été signalés dans le golfe du Saint-Laurent, dans l’Atlantique Sud, et même autour des côtes françaises dans des zones profondes. Certains chercheurs pensent que l’espèce pourrait avoir une distribution mondiale dans les eaux froides et profondes.

Ce que mange le requin du Groenland

Un chasseur lent mais efficace

Le requin du Groenland se nourrit de poissons, de pieuvres, de seiches, de raies, et parfois de mammifères marins. On a retrouvé dans son estomac des restes de phoques, de marsouins, et même de rennes et d’ours polaires tombés à l’eau.

Il est charognard en grande partie. Sa lenteur ne l’empêche pas de capturer des proies vives. Les scientifiques pensent qu’il chasse les poissons et les phoques endormis. Il s’approcherait silencieusement pendant que ses proies dorment, profitant de son mouvement quasi imperceptible dans l’eau.

Une digestion particulièrement lente

Comme tout le reste chez lui, sa digestion est très lente. Un repas peut lui suffire pendant plusieurs semaines. Cette économie d’énergie est l’une des clés de sa survie dans un environnement extrêmement pauvre en ressources.

Reproduction : une maturité sexuelle très tardive

Le requin du Groenland ne devient sexuellement mature qu’à l’âge estimé de 150 ans. C’est une donnée presque impossible à croire. Mais si l’on tient compte de son espérance de vie de plusieurs siècles, cela représente finalement une proportion comparable à d’autres espèces à courte durée de vie.

Les femelles sont ovovivipares : elles portent leurs petits dans leur ventre, et les petits éclosent à l’intérieur. Une portée compte entre 2 et 10 petits, qui naissent déjà autonomes. On connaît encore peu de chose sur leur comportement reproducteur, car l’espèce est très difficile à observer dans son milieu naturel.

Le requin du Groenland et les humains

Une longue histoire d’exploitation

Pendant des siècles, les peuples inuits ont chassé le requin du Groenland pour sa viande, son huile et sa peau. Les Islandais consomment encore aujourd’hui un plat traditionnel appelé hákarl, qui est de la chair de requin du Groenland fermentée et séchée. Cette chair est toxique à l’état frais à cause de la présence d’oxyde de triméthylamine (OTMA) en grande quantité. La fermentation de plusieurs mois rend la chair comestible.

Au 20e siècle, des pêcheries commerciales ont prélevé des milliers de requins du Groenland pour extraire l’huile de leur foie, utilisée comme lubrifiant. Ce commerce a fortement réduit les populations.

La pêche accidentelle aujourd’hui

Aujourd’hui, le requin du Groenland est souvent pris accidentellement dans les filets de pêche profonde. Cette prise accessoire représente une menace sérieuse pour l’espèce. Sa reproduction tardive signifie que les populations mettent énormément de temps à se reconstituer après une pression de pêche.

Les menaces qui pèsent sur le requin du Groenland

Le requin du Groenland est classé « quasi menacé » sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Plusieurs facteurs menacent son avenir :

  • La prise accessoire dans les filets. C’est la principale menace directe. Les pêcheurs de morue, de flétan et de crevette capturent régulièrement des requins du Groenland.
  • Le changement climatique. Le réchauffement des eaux arctiques modifie son habitat. Les glaces fondent, les proies se déplacent, et les températures augmentent au-delà de sa zone de confort.
  • La pollution chimique. Des études ont montré des niveaux élevés de polluants organiques persistants (PCB, DDT) dans les tissus de ces requins, accumulés tout au long de leur longue vie.
  • La méconnaissance scientifique. On en sait encore peu sur cette espèce. Sans données précises sur les populations, il est difficile de mettre en place des mesures de protection efficaces.

Ce que la science apprend encore sur le requin du Groenland

Un sujet de recherche en plein essor

L’intérêt scientifique pour le requin du Groenland a explosé après la publication de l’étude sur sa longévité en 2016. Depuis, plusieurs équipes de recherche tentent de comprendre ses mécanismes biologiques uniques.

Les chercheurs s’intéressent notamment à :

  • Sa résistance au froid extrême. Comment ses enzymes fonctionnent-elles à des températures proches de zéro ?
  • Son système immunitaire. Comment évite-t-il les maladies pendant des siècles ?
  • Sa génomique. Le séquençage de son génome pourrait révéler des gènes liés à la longévité.

Une viande toxique qui intrigue les biochimistes

La toxicité de sa chair est due à la présence d’OTMA et de triméthylamine (TMA). Ces molécules servent d’osmoprotectants dans son organisme. Elles permettent à ses protéines de fonctionner sous haute pression et basse température. Les biochimistes étudient ces composés pour mieux comprendre les adaptations aux milieux extrêmes.

Comment observer le requin du Groenland ?

Il est quasiment impossible d’observer un requin du Groenland dans la nature sans équipement spécialisé. Il vit en profondeur, dans des zones reculées et glacées. Les rares observations en plongée ont eu lieu dans des conditions extrêmes, souvent dans le cadre de programmes de recherche scientifique.

Des caméras sous-marines déposées sur le fond par des chercheurs ont permis de filmer quelques individus. Ces images montrent des animaux au mouvement lent, presque contemplatif. Rien à voir avec les requins blancs ou les requins tigres que l’on imagine souvent.

Si vous voulez en apprendre plus sur cette espèce, les documentaires scientifiques et les publications des universités scandinaves sont vos meilleures sources. Le Musée d’histoire naturelle de Londres et la NOAA (administration américaine océanique et atmosphérique) publient aussi régulièrement des études accessibles au grand public.

Conclusion

Le requin du Groenland est bien plus qu’un simple poisson des profondeurs. C’est un monument vivant de l’évolution, un animal qui a survécu à des siècles de changements climatiques, de guerres humaines, et de transformations planétaires. Sa biologie unique en fait un sujet d’étude fascinant pour les scientifiques du monde entier.

Il rappelle aussi quelque chose d’essentiel : la nature regorge de merveilles que nous ne comprenons pas encore. Chaque espèce est une bibliothèque d’informations. Quand une espèce disparaît, c’est cette bibliothèque qui brûle avec elle.

Alors, la prochaine fois que vous penserez aux requins, ne pensez pas seulement aux grands blancs ou aux marteaux. Pensez à ce vieux requin gris qui nage lentement quelque part sous la banquise arctique, depuis peut-être avant la Révolution française. Il mérite votre attention et votre respect.

Avez-vous déjà entendu parler du requin du Groenland avant cet article ? Partagez cet article avec quelqu’un qui aime les animaux extraordinaires !

FAQ : Vos questions sur le requin du Groenland

1. Quelle est la durée de vie du requin du Groenland ? Le requin du Groenland peut vivre plus de 400 ans. C’est le vertébré vivant le plus âgé jamais documenté. Une étude de 2016 a estimé l’âge d’un individu à environ 392 ans.

2. Où vit le requin du Groenland ? Il vit dans les eaux froides de l’Atlantique Nord et de l’Arctique. Il fréquente des profondeurs allant de 200 à plus de 2 700 mètres. On le trouve surtout autour du Groenland, de l’Islande, de la Norvège et du Canada.

3. Le requin du Groenland est-il dangereux pour l’homme ? Non. Ce requin est lent et vit en profondeur, loin des zones fréquentées par les humains. Aucune attaque sur l’homme n’a été documentée. Il ne présente aucune menace directe.

4. Peut-on manger du requin du Groenland ? Sa chair est toxique crue. Les Islandais la consomment sous forme de hákarl, après une fermentation et un séchage de plusieurs mois qui neutralisent les toxines. Son goût est très particulier et très fort.

5. Pourquoi le requin du Groenland vit-il si longtemps ? Principalement à cause de son métabolisme extrêmement lent, lié à la basse température de son habitat. Il grandit d’environ 1 cm par an et dépense très peu d’énergie. Ces facteurs ralentissent considérablement son vieillissement cellulaire.

6. Quelle est la taille maximale du requin du Groenland ? Les individus les plus grands peuvent atteindre 6 à 7 mètres de long et peser jusqu’à 1 000 kg. Les femelles sont généralement plus grandes que les mâles.

7. Le requin du Groenland est-il en danger ? Il est classé « quasi menacé » par l’UICN. La prise accidentelle dans les filets de pêche, le changement climatique et la pollution chimique sont ses principales menaces. Sa maturité sexuelle tardive rend sa population difficile à reconstituer.

8. À quel âge le requin du Groenland se reproduit-il ? Il atteint la maturité sexuelle vers l’âge de 150 ans environ. C’est l’une des maturités sexuelles les plus tardives de tout le règne animal.

9. Le requin du Groenland est-il aveugle ? Pas totalement, mais presque. Un parasite, Ommatokoita elongata, s’attache à sa cornée et détériore sa vision. Il compense par ses autres sens, notamment la détection des champs électriques et les vibrations dans l’eau.

10. Comment les scientifiques mesurent-ils l’âge du requin du Groenland ? Ils utilisent la datation au carbone 14 du cristallin des yeux. Les cellules du cristallin se forment à la naissance et ne se renouvellent jamais, ce qui en fait un « enregistreur » fiable de l’âge de l’animal.

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À propos de l’auteur

Marie Delacourt est biologiste marine et journaliste scientifique. Passionnée par les espèces méconnues des grands fonds, elle collabore avec plusieurs revues scientifiques francophones et des organisations de conservation marine. Elle a participé à des expéditions en mer de Barents et publie régulièrement des articles de vulgarisation sur la faune des océans polaires. Son objectif : rendre la science accessible à tous, sans sacrifier la rigueur.

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